P-au-P, 11 mars 2014 [AlterPresse] — Deux mois après son lancement le 7 janvier 2014, le dialogue entre Haïti et la République Dominicaine semble montrer des signes de piétinement et suscite inquiétudes et frustrations, observe l’agence en ligne AlterPresse.
 
Préalablement prévue pour le 12 mars, la troisième réunion de la commission mixte binationale de haut niveau est reportée au 20 mars prochain et aura lieu à Jacmel dans le Sud-Est d’Haïti, confirme le Ministère haïtien des affaires étrangères (Mae).
 
« La préparation d’une réunion de cette envergure prend du temps », déclare Jean Claudy Pierre, responsable de la direction juridique au Mae, avançant comme motifs d’ajournement les dernières activités carnavalesques et les voyages à l’extérieur de hauts responsables de l’État.
 
La semaine dernière, la presse dominicaine rapportait les déclarations de Gustavo Montalvo, ministre de la présidence, qui, de son côté, évoquait comme raison du report, une visite du vice-président des États-Unis d’Amérique, Joseph (Joe) Biden en République Dominicaine.
 
Aux dernières nouvelles, cette visite de Biden a été annulée.
 
Quel menu ?
 
Durant le dialogue du 20 mars 2014, des thématiques nouvelles, telles que santé et tourisme, seront abordées, en plus de sujets déjà touchés, comme le commerce et la migration entre les deux pays.
 
Ce round fait suite aux deux premières sessions, déroulées les 7 janvier à Ouanaminthe (Nord-Est) et 3 février 2014 à Jimani (Sud de la RD), qui se sont terminées par la signature d’au moins six accords.
 
Dans la déclaration conjointe du 3 février, les deux délégations se sont mises d’accord pour impliquer, dans le dialogue binational, les représentants de leur société civile respective.
 
Jointes par AlterPresse, deux organisations de la société civile haïtienne – travaillant dans le domaine de la défense des droits des migrantes et migrants – affirment ne pas avoir été contactées à ce sujet.
 
Cette série de pourparlers survient à la suite du froid diplomatique, occasionné par la sentence 168-13 de la cour constitutionnelle dominicaine du 23 septembre 2013, déclarant apatrides des milliers de Dominicaines et Dominicains d’ascendance haïtienne.
 
Haïti, préoccupée par les promesses non tenues
 
Entre-temps, la partie haïtienne se montre sceptique, vu le non respect, par les autorités dominicaines, de certains engagements, dont celui de présenter, le 27 février 2014, une loi additionnelle.
 
Ladite loi devrait traiter de la situation des personnes, nées sur le territoire dominicain et qui auraient été affectées par l’Arrêt TC/168-13 du Tribunal Constitutionnel.
 
« La Chancellerie haïtienne est très préoccupée du fait que cette promesse n’ait, jusqu’à présent, pas été tenue par la République voisine », lit-on dans une note de presse du ministère haïtien des affaires étrangères, en date du 27 février 2014.
 
Lors des premières rencontres, Haïti a exigé des autorités dominicaines des mesures appropriées pour garantir le respect des droits des citoyennes et citoyens, affectés par ledit verdict, conformément à la législation de la République Dominicaine et à ses engagements internationaux relatifs aux droits humains.
 
« Au contraire, il serait même question de la publication d’une loi spéciale, dite de naturalisation, qui ne peut, en aucun cas, résoudre le cuisant problème posé par la sentence, laissant entier le risque d’apatridie qui pèse sur les citoyennes et citoyens dominicains d’origine étrangère, pour la plupart d’ascendance haïtienne », dénonce la chancellerie haïtienne.
 
Toutefois, Haïti dit croire dans la bonne volonté et la bonne foi des autorités dominicaines et dans leur capacité à se dépasser, pour faciliter l’aboutissement du dialogue vers des solutions mutuellement satisfaisantes et qui respectent les droits de tout un chacun.