« Nous avons besoin de davantage d’accords de libre-échange »

 

Cette phrase n’est pas tirée d’un discours de Pascal Lamy au firmament de la mondialisation néolibérale, au milieu des années 2000. C’est celle de Phil Hogan, son successeur actuel au Berlaymont, siège de l’exécutif européen à Bruxelles, à l’occasion d’une interview donnée en pleine épidémie de COVID-19, début mai 2020. Hogan plante le décor : alors que la mondialisation de la production et des échanges est mise à l’index de toute part, pour la Commission européenne, il est urgent d’en sauver le principe. A Bruxelles, le virus du libre-échange et de l’impunité des multinationales est en effet loin de refluer. A huis-clos et par caméras interposées, les équipes de Phil Hogan ont en effet mis à profit la période de confinement : début mai, c’est un nouvel accord avec le Mexique qui est finalisé afin notamment de faciliter l’importation de produits agricoles et d’énergies fossiles en Europe, et ouvrir les marchés publics locaux mexicains aux multinationales européennes qui, en retour, seront protégées par un nouveau mécanisme de règlements des différends investisseurs-Etat pourtant si décrié.

 

Pour importer toujours plus de viande de Nouvelle- Zélande et d’Australie, les mois d’avril et de mai 2020 ont été employés à faire progresser les négociations en cours avec ces pays. La Commission n’a par ailleurs toujours pas abandonné l’idée d’amadouer Donald Trump avec des concessions en matière alimentaire et sanitaire. Aux accords avec Singapour, le Japon, le Vietnam qui ont vu le jour au cours des 24 derniers mois, s’ajoutent également celui en cours de finalisation avec les pays du Mercosur, et des projets d’accord en cours de négociation avec de nombreux pays, notamment la Chine (investissement), le Chili ou l’Indonésie, ou encore sur des secteurs spécifiques, au sein ou en marge de l’OMC, tels que la pêche, le commerce électronique ou les services. Les deux derniers sont une priorité européenne.

 

La Commission européenne procède comme si la pandémie n’avait pas révélé au grand jour les failles de la mondialisation néolibérale et productiviste et les tensions sur les chaînes mondiales d’approvisionnement (masques, tests…), aux conséquences dramatiques. Et comme si l’opinion publique n’avait pas basculé : selon diverses enquêtes publiques, près de 90 % des personnes interrogées appellent désormais les pouvoirs publics à relocaliser le maximum de filières de production disséminées aux quatre coins de la planète.

 

Alors, la mondialisation, c’est stop ou encore ? Voilà l’un des enjeux majeurs des mois à venir. Si le mot « relocalisation » est désormais dans toutes les bouches, il est utilisé de façon minimaliste et cosmétique, dans sa version néolibérale, afin de sauver les règles du jeu mondialisé. Dans d’autres segments politiques, sous couvert de souveraineté et de patriotisme, il prend une tournure haineuse, en version nationaliste qui rabat tous les sujets sur la frontière des Etats nations. Pourtant, entre la civilisation du marché mondial des néolibéraux et le nationalisme xénophobe, il existe une troisième voie, celle de la relocalisation écologique et sociale, sans sacrifier la solidarité internationale, bien au contraire.

 

C’est l’objet de cette contribution que d’en présenter les contours : de notre capacité collective à nourrir ces nouvelles aspirations populaires à la relocalisation dépendra une large part de notre avenir collectif. Trois grandes options politiques se trouvent sur la table aujourd’hui. Mais la relocalisation sociale et écologique nous paraît la seule qui pourrait incarner un horizon collectif désirable. Voici pourquoi.

 

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