Zimbabwe, Harare, 18 mars 2015 – « L’agroécologie est politique ; elle nous demande de remettre en cause et de transformer les structures de pouvoir de nos sociétés. Nous devons placer le contrôle des semences, de la biodiversité, des terres et territoires, de l’eau, des savoirs, de la culture, des biens communs et des espaces communautaires entre les mains de celles et ceux qui nourrissent le monde » affirme la déclaration du Forum international sur l’agroécologie. 

 

Plus de 200 participants étaient présents au Forum, qui s’est tenu à Nyéléni, au Mali du 23 au 27 février dernier, ils représentaient des organisations de paysan-nes, de peuples autochtones, de travailleurs agricoles, d’artisans-pêcheurs et d’éleveurs nomades, ainsi que de consommateurs et autres populations urbaines. La rencontre avait pour objectif de développer des stratégies communes, de promouvoir l’agroécologie et de la défendre contre la cooptation du secteur industriel 

 

La déclaration, qui est disponible en anglaisespagnol et français, appelle à une transformation immédiate fondée sur la production agroécologique d’aliments, telle que pratiquée notamment par les petits producteurs, les artisans-pêcheurs, les pasteurs, les peuples autochtones et les agriculteurs en milieu urbain. Selon ce document « l’agroécologie a toujours été essentielle à l’humanité car elle renforce l’autonomie des producteurs d’aliments et constitue les fondements de la souveraineté alimentaire ».

 

Les participants nous font savoir que « l’agroécologie se trouve à la croisée des chemins ». Ils prennent note du fait que « de nombreuses institutions multilatérales, gouvernements, universités et centres de recherche, ONG et entreprises, entre autres, ont fini par reconnaître l’agroécologie ». Cependant, continuent-ils « ces acteurs ont essayé de la réduire à un ensemble limité de technologies, pour offrir des outils qui semblent atténuer la crise de la durabilité provoquée par l’agriculture industrielle, mais qui se conforment aux structures de pouvoir en place ». 

 

Ils considèrent ces tentatives comme « une récupération ou cooptation de l’agroécologie pour perfectionner le système alimentaire industriel tout en proclamant un attachement de pure forme aux questions environnementales » et remarquent qu‘elles revêtent plusieurs noms, dont « agriculture intelligente face au climat », « intensification durable ou écologique » ou « production industrielle de monocultures d’aliments « bio ». Pour eux, « ces formes de production ne représentent pas l’agroécologie : nous les rejetons et nous nous battrons pour dénoncer et faire obstacle à cette appropriation insidieuse de l’agroécologie ».

 

Et la déclaration continue en affirmant que« la vraie solution aux crises du climat et de la malnutrition, entre autres, ne passera pas par la conformation au modèle industriel, mais plutôt par la transformation et la construction de nos propres systèmes alimentaires locaux, qui créent de nouveaux liens entre la ville et la campagne. Cette transformation est fondée sur la production agroécologique d’aliments, telle que pratiquée notamment par les petits producteurs, les artisans-pêcheurs, les pasteurs, les peuples autochtones et les agriculteurs en milieu urbain. Nous ne pouvons pas permettre que l’agroécologie devienne un outil au service du modèle industriel de production alimentaire. Nous envisageons l’agroécologie comme la principale alternative à ce modèle et comme un moyen de transformer, afin d’améliorer, la manière dont sont produits et consommés les aliments pour l’humanité et la Terre Mère ».

 

Selon Andrea Ferrante, de l’Association italienne d’agriculteurs biologiques (AIAB) et de La Via Campesina, la solution au problème de l’alimentation dans le monde réside dans l’agroécologie. « Nous voulons un modèle qui soit basé sur nos savoirs, notre mode de vie et non pas sur le pétrole et les fausses solutions du monde industriel. C’est l’avenir de nos enfants qui est en jeu » déclare-t-il. 

 

Les participants du Forum ont élaboré un plan stratégique comprenant neuf objectifs principaux et plusieurs sous-objectifs visant à soutenir les revendications politiques, sociales et économiques des producteurs d’aliments. Dans ce plan d’action, les femmes occupent le devant de la scène, car la lutte contre les inégalités à caractère sexuel est essentielle à l’agroécologie. Pour Maria Noël Salgado, du Movimiento Agroecológico de America Latina y el Caribe (MAELA) l’agroécologie est pratiquée depuis des siècles et représente plus qu’un système de production. « il s’agit d’une façon d’être, d’un mode de vie qui respecte l’environnement, fournit un moyen d’existence et un revenu à la majorité des producteurs d’aliments et dans lequel les femmes ont, de tout temps, joué un rôle important » nous dit-elle.

 

Le plan d’action comprend également la construction de système d’économies locales, le partage des savoirs et la construction d’alliances entre les différents groupes sociaux.        

 

Les groupes sociaux revendiquent, en toute légitimité, le rôle de nous conduire vers l’avenir, car « les décideurs ne peuvent pas avancer dans le domaine de l’agroécologie sans nous. Ils doivent respecter et soutenir nos processus agroécologiques, plutôt que continuer à soutenir les forces qui nous détruisent ». Ils exhortent également chacun et chacune à les rejoindre dans la tâche collective consistant à forger l’agroécologie comme un élément des luttes de nos peuples afin de construire un monde meilleur, un monde basé sur le respect mutuel, la justice sociale, l’équité, la solidarité et l’harmonie avec notre Terre mère.

 

LVC, MaB, MAELA, ROPPA, WFF, WFFP, WAMIP, IPC