Le mouvement Tèt kole Ti peyizan ayisyen s’est donné un nouveau plan d’actions nationales jusqu’en 2017, au terme de son troisième congrès national, tenu du dimanche 2 au jeudi 6 décembre 2012 sur les hauteurs de Montrouis (Artibonite / Nord) et marquant son vingt-sixième anniversaire d’existence, a observé l’agence en ligne AlterPresse.
 
Le mouvement paysan national s’engage à consolider sa lutte contre la politique néolibérale appliquée en Haïti depuis les années 1980 et contre tous les projets impérialistes en cours. Il compte agir en faveur du retrait de la mission des Nations Unies de stabilisation en Haïti (Minustah), des transnationales et de toutes entreprises néocoloniales qui s’accaparent des richesses nationales, comme les terres arables et les ressources du sous-sol (l’or en particulier).
 
Des initiatives seront prises pour forcer l’Etat à travailler, dans le cadre d’une articulation avec une réforme agraire intégrée, « à la régénérescence de l’environnement physique national, l’une des plus graves menaces sur le pays ».
 
« Nous allons nous mobiliser pour exiger de l’État la légalisation des terres agricoles qui sont aujourd’hui entre les mains des grandons (potentats) », affirme Tèt kole ti peyizan ayisyen.
 
Défendre la production agricole nationale tout en combattant l’invasion du marché national par les produits agricoles importés, inciter l’État à implanter des industries de transformation des produits issus de la paysannerie et en train d’être gaspillés, au lieu de mettre du béton sur les terres fertiles, consolider les activités économiques internes au sein de Tèt kole ti peyizan ayisyen, développer des banques communautaires dans une perspective de mutuelles paysannes de solidarité et d’autonomie financière du mouvement, sont quelques axes identifiés par environ 400 délégués, femmes et hommes, des dix départements géographiques.
 
Fondamentalement, Tèt kole ti peyizan ayisyen entend contribuer à la construction d’un pouvoir populaire en Haïti (thème principal du troisième congrès national) à travers des outils politiques appropriés.
 
« L’objectif recherché consiste, non seulement à renforcer structurellement les actions de Tèt kole ti peyizan au sein du mouvement social, mais aussi à établir des alliances stratégiques pour soutenir les revendications des masses populaires, des paysannes et paysans ainsi que des classes dominées en général ».
 
Tèt Kole ti peyizan ayisyen réclame de l’actuel gouvernement une disposition institutionnelle, permettant l’acquisition gratuite d’actes de naissance, notamment pour celles et ceux qui les ont perdus dans le tremblement de terre du 12 janvier 2010 et lors des cyclones qui ont dévasté le pays.
 
Écoles, hôpitaux, de l’eau potable dans toutes les sections communales sont d’autres desiderata du mouvement paysan national, qui exige des indemnités et réparations de la Minustah pour toutes les victimes de viols et de choléra.
 
Tèt kole ti peyizan ayisyen annonce des actions de valorisation des produits culturels nationaux et d’encadrement de son groupe culturel dénommé « Awozam » qui a animé les 4 journées du troisième congrès national du mouvement.
 
D’ici février 2013, la plupart des membres du mouvement qui ont fourni des photos et contribué, chacune et chacun, pour 300.00 gourdes (US $ 1.00 = 43.00 gourdes ; 1 euro = 60.00 gourdes aujourd’hui) seront dotés de cartes d’identification de Tèt kole ti peyizan ayisyen.
 
Les 400 délégués, femmes et hommes, des dix départements géographiques ont procédé au renouvellement, dans la transparence, des structures du mouvement : plusieurs assemblées nationales (AN) de 3 membres (dont au moins 1 femme) au niveau communal, la coordination nationale (KN de plus de 10 membres, l’instance la plus importante après le congrès) pour laquelle les différentes fédérations ont élu chacune 2 membres ( 1 femme et 1 homme) et le comité exécutif national permanent (KENP, structure exécutive) élu pour 5 ans et désormais constitué de Rosnel Jean-Baptiste (membre du KENP sortant et issu de la fédération du Nord-Ouest), Venare Jean (femme issue du Sud-Est) et Origène Louis (de la fédération du Nord).
 
« Je me sens fière d’être membre de Tèt Kole. J’ai beaucoup bénéficié des séances de formation au sein du mouvement. Je ne savais ni lire ni écrire. Mais, après des séances progressives d’alphabétisation, j’ai gravi les échelons, de la base jusqu’à représenter Tèt Kole au niveau national… », a témoigné, émue, Gertha Louizama, du comité exécutif national sortant.
 
« Les postes de direction, confiés à des nouvelles personnalités, ne constituent point des privilèges, ni un tremplin pour voyager. Il s’agit plutôt de responsabilités lourdes à assumer pour l’épanouissement du mouvement paysan », a, pour sa part, averti Henrilus Jacques Jean du KENP sortant à l’endroit des nouveaux élus pour les cinq années à venir. Hommage a été rendu à plusieurs membres, dont certains sont décédés au cours du troisième congrès national de décembre 2012.
 
Il a fallu un débours de plus de 3 millions de gourdes, dont plus d’un million pour le transport des délégués, dans l’organisation du troisième congrès national de Tèt kole ti peyizan ayisyen.
 
Environ 20 % de ce montant vient des contributions des structures paysannes membres. Le reste est la contribution d’organisations internationales et nationales, comme l’institut de technologie et d’animation (Iteca), de l’institut culturel Karl Lévêque (Ickl), de la société d’animation et de communication sociale (Saks) à côté de l’apport non chiffré de différents volontaires.