Les événements du 30 septembre en Equateur ont donné lieu à une bataille sémantique, donc politique, pour les caractériser. Y compris chez les commentateurs ne connaissant strictement rien au sujet, mais qui se croient obligés d’intervenir pour des raisons idéologiques ou pour se faire valoir.
 
Sur ces terrains, Alexandre Adler tient indiscutablement la corde. Se drapant dans des habits d’ « historien » (ce qu’il a été autrefois), alors que ses chroniques fourmillent d’erreurs et d’approximations imputables autant à la paresse qu’à l’ignorance et à la mauvaise foi, il a qualifié de « grotesque » le comportement de Rafael Correa retenu prisonnier dans un hôpital de la police. 
 
Egalement sur l’antenne de France Culture, Catherine Fourest lui a emboîté le pas, mais indirectement. Dans la mesure où, pour Adler, le président équatorien est « complice » des FARC et de ses bêtes noires habituelles Hugo Chavez et Fidel Castro, cette journaliste abusivement qualifiée « de gauche » a commis une chronique inepte sur les guérilleros latino-américains qui, par ricochet, vise aussi Quito. Et encore bravo pour le sérieux du service public ! (http://www.marianne2.fr/Caroline-Fourest-Castro,-Chavez,-les-FARC,-c-est-tout-pareil- !_a198210.html)
 
Mais, que ce soit en Amérique latine ou en Europe, les vrais spécialistes ont produit des analyses en partie divergentes, dont témoignent les textes réunis dans ce dossier. Pour certains, il s’agirait d’une simple mutinerie de policiers en colère qui aurait mal tourné. Mais, pour la plupart, il s’agit d’une véritable tentative de coup d’Etat, dénoncée comme telle par tous les présidents du sous-continent réunis à Buenos Aires pour une réunion d’urgence de l’Union des nations sud-américaines (UNASUR). Et ce ne sont pas les impacts de balles sur la voiture blindée du président équatorien qui démentiront cette interprétation.
 
En arrière-plan de ces événements, on ne peut ignorer les tentatives permanentes de déstabilisation des gouvernements progressistes de la région qui, entre autres, ont abouti l’an dernier à la destitution du président hondurien Manuel Zelaya démocratiquement élu (http://www.medelu.org/spip.php ?article590). Ce coup d’Etat, qui a fait plus d’une centaine de victimes, a été avalisé par Washington. Zelaya avait commis le crime impardonnable de faire adhérer son pays à l’Alliance bolivarienne des peuples d’Amérique (ALBA) créée à l’initiative de Cuba et du Venezuela. Tout comme Rafael Correa qui a a aggravé son cas en ne renouvelant pas la concession de la base américaine de Manta.
 
Sans cette mise en perspective, on passe à côté des véritables enjeux des turbulences passées ou à venir dans la région : l’émancipation, notamment via l’ALBA, des peuples latino-américains de la tutelle des Etats-Unis et des organisations de ce qu’il faut bien appeler l’Internationale libérale : en premier lieu la Banque mondiale, le Fonds monétaire international (FMI) de DSK et l’organisation mondiale du commerce (OMC) de Pascal Lamy.
 
Bernard Cassen / Secrétaire général de Mémoire des luttes, président d’honneur d’Attac

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