Buenos Aires, le 21 mars 2009.

Je viens d’accompagner 60 femmes, tisserandes d’espoir dans leurs luttes quotidiennes pour parvenir à des espaces de dignité et de liberté. Elles vivent dans une province argentine, celle de Tucuman marqué par la violence sociale, la discrimination, les injustices et l’absence de l’Etat dans toutes ces zones de quartiers pauvres. Ce sont des femmes qui n’ont jamais baissé les bras face à l’adversité et qui réclament pour elles, leurs enfants et leurs époux et compagnons, les mêmes droits que ceux des autres citoyennes du pays. Elles ont tout appris et ont grandi comme personnes dans “l’Université de la Vie” où la solidarité et l’unité se sont forgées dans la créativité pour faire maître des espaces de résistance sociale, culturelle, spirituelle et politique.

Elles sont là avec leur coeur et leur gaîté, partageant les luttes dans la résistance et l‘espoir, avec humilité et sans être pressées. Elles construisent de nouveaux chemins dans leurs communautés rassemblées dans l’association “Grandir Ensemble”. C’est là qu’elles accueillent et qu’elles apportent affection et nourriture à chacun des 600 enfants qui ont surtout besoin d’amour et de tendresse. Leonor Cruz explique que toutes ces femmes vivent dans les “Quartiers privés”, ces quartiers qu’en d’autres endroits on appelle élégamment la “country”, (terme qu’il faut prononcer en anglais pour  garder un certain statut). On dit aussi que dans ces quartiers on est davantage en sécurité que dans d’autres endroits.

Dans la réunión tenue au siège de “Grandir Ensemble” , les jeunes m’ont raconté leurs expériences et leurs problèmes de “sécurité”. Ces quartiers sont entourés par des gendarmes ou des policiers de diverses brigades qui les emprisonnent, les mettent à contribution et les frappent pour la simple raison qu’ils sont pauvres et ont une couleur de peau différente, comme si c’était un délit d’être pauvre, de ne pas avoir la peau très blanche et de ne pas être bien vêtus.

En réalité, ces forces policières créent davantage d‘insécurité car elles sont là pour protéger les riches contre la “menace des pauvres”.

Je me souviens toujours de ce que disait Josué de Castro, longtemps Directeur de la FAO, dans son livre de base qui reste toujours vrai malgré le temps, “La géographie de la Faim”; “Les pauvres ne dorment pas à cause de leur faim et les riches ne dorment pas parce qu‘ils ont peur des pauvres qui ont faim”.

La seule solution pour que tout le monde puisse dormir tranquille, c‘est la redistribution de la richesse dans la construction démocratique et le respect des droits humains. Il faut construire de nouveaux espaces de vie grâce à la participation du peuple et à sa collaboration. L’injustice et le désintérêt du gouvernement provincial de Tucuman pour résoudre les problèmes sociaux qui affectent les garçons et les filles dans les “foyers pour mineurs” et les familles de chômeurs qui souffrent de la discrimination dans les écoles où elles ne peuvent inscrire leurs enfants si elles ne payent pas l’assurance et l’argent de la coopérative. Voilà le vrai motif pour lequel les enfants ne peuvent étudier et ne peuvent être inscrits; ils sont exclus de l’école pour cela et on leur refuse la scolarité.

Le gouvernement de Tucuman viole la Constitution Nationale, La Déclaration Universelle des Droits de l‘Homme, la Convention de l’UNESCO contre la Discrimination dans l’Education, la Convention Internationale des Droits de l’Enfant, la Loi de l’Education Nationale Argentine et même la Constitution Provinciale de Tucuman, sans parler des autres accords et Traîtés de lois en vigueur qui sont ainsi violés en toute impunité.

Les réclamations sont permanentes mais le gouverneur de la province de Tucuman et ses fonctionnaires regardent d‘un autre côté car ils considèrent les pauvres comme des gens “invisibles” et comme des “non-personnes” dont ils n’enregistrent même pas les réclamations.

Pour la santé, c‘est la même chose. Ils doivent se déplacer pendant des journées entières pour pouvoir être reçus dans les hôpitaux et les centres de santé. Qui parle encore de démocratie?… Les moyens de communication parle du territoire de Saint Michel de  Tucuman, pauvre et marginalisé en disant: “ces quartiers privés”, qu’ils considèrent comme “une zone rouge, dangereuse, délictueuse, marginale” ou comme une zone où même la police ne peut entrer.

Pour le système, être pauvre est synonyme de délinquance, de gens dominés par la drogue, la violence, la misère et, si l‘occasion se présente, c’est toujours le pauvre qui est coupable. L’hypocrisie et la désinformation sont évidentes.

Les “quartiers privés”, dont parle Leonor, sont en fait privés d‘eau, de lumière, de rues goudronnées, d’habitations dignes de ce nom, d’écoles, de centres de santé. Elle ajoute:  “c’est impossible d’être privés de plus  de choses”.

Mais, la volonté, la conscience des vraies valeurs  et la force de ces mères et des jeunes qui les accompagnent ont tissés peu à peu l‘espoir dans l’unité et la résistance pour soutenir leurs propres enfants et dire à la société qu’elles ne s’avouent pas vaincues car elles ont la richesse de la solidarité et la force pour surmonter les injustices. Grâce à “Grandir Ensemble”, elles s’activent dans les maisons où elles préparent les repas, aident les enfants à faire les devoirs, font les achats communautaires, et cela avec toute la richesse que l’argent ne peut donner, la richesse de l’amitié, de la solidarité et de l’amour qui leur permet de croître et de se développer ensemble pour affronter les difficultés et les injustices sociales.

C‘est impressionnant de voir la joie et le sourire de ces garçons et de ces filles qui sourient à la vie avec espoir.

Il faut réclamer au gouvernement de la province de Tucuman qu‘il suspende immédiatement le paiement de tout type de taxes auprès des élèves. Le gouvernement a l’obligation de gérer ses ressources économiques de façon à ce que chaque enfant de la province puisse avoir l’éducation à laquelle il a droit en tant que citoyen ou citoyenne. Il est nécessaire de récupérer les valeurs et la conscience critique dans l’éducation publique pour le développement en toute liberté.

Le gouvernement doit s‘occuper de résoudre les problèmes des enseignants qui demandent des salaires justes, de la formation adaptée, des locaux appropriés et des conditions dignes pour pouvoir exercer le magistère. Il faut retrouver la mystique éducative et la force de l’espoir de l’éducateur qui doit enseigner pour construire et faire croître ses élèves tous ensemble.

Un pays qui ne prend pas soin de ses enfants et ne leur donne pas l‘éducation à laquelle ils ont droit, est un pays qui a hypothéqué le présent et a déjà perdu le futur.

Les mères tucumanes sont un exemple de lutte quotidienne, féconde et trnsparente. Des organisations, comme “Comparte” de Barcelone, amie et fraternelle, qui les accompagne, leur permet de développer les programmes et d‘atteindre les objectifs, en fortifiant les liens entre les mères et leurs enfants. Les “parrains et les marraines” de Comparte ont su créer un réseau solidaire d’accompagnement des enfants et de leurs familles qui est un véritable signe d’espoir et de solidarité.

Les moyens de communication, chaque jour, montrent toute l‘horreur et la violence de la société et condamnent les mineurs de ces quartiers en demandant l’abaissement de l’âge de la culpabilité légale pour les pénaliser encore davantage, On devrait avoir enfin un autre regard plus clair et plus approfondi sur ce sujet.

Une rivière dont l‘eau est perturbée ne permet pas de voir le fond. Il faut espérer qu’elle devienne plus calme et que l’eau redevienne transparente. Cela nous permettra de voir le fond et de pouvoir contempler les merveilles de la vie. Les mères de l’espoir connaissent bien toutes ces choses. (Traduction: Francis Gély)

NDT: “Comparte” signifie “Partage”.

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