Depuis 1996, la communauté d’ANCOMARCA réclame que l’on condamne les puits de l’AYRO qui ont été mis en service pour alimenter le PROJET SPECIAL TACNA, apportant l’eau à la ville de TACNA.

"Dans notre communauté, il n’y a plus de vie, ils ont capturé l’eau avec de monstrueux canaux…; avant, nous avions 20 000 têtes de bétail, maintenant il n’y en a pas plus de 1000 ! Cela à cause de la sécheresse des "bofedales" (zones humides, appelé "CENTS SOURCES" ou PATAJ PUJO, en langue aymara) provoquée par les puits du pompage d’eau. "Les ingénieurs du PET ont trompé nos parents, il y a 20 ans, pour pénétrer dans nos terres et nous voler l’eau", déclarent les agriculteurs d’ANCOMARCA, descendus en masse à TACNA le 10 octobre 2006 pour menacer de fermer les puits.

Les travaux effectués en 85 : perforation de collines, puits profonds pour atteindre les eaux souterraines, déviation de cours d’eau ont bouleversé un écosystème aquatique dans le haut plateau andin provoquant de très fortes dégradations. A l’époque, affirme le Réseau de conservation du SURI (animal de ces zones), des maires ont été achetés par l’entreprise ARUNTANI et le dispositif de création d’une importante zone protégée fut dérogé.

Un recours a été déposé en août 2006 devant le CERD (Committee on the Elimination of Racial Discrimination), par un avocat indigène, Tomas Alarcon. Il accuse les gouvernements successifs de racisme pour refuser de prendre en cause les réclamations successives des agriculteurs qui vivent sur ces terres depuis des temps immémoriaux et qui ont un besoin vital de l’eau pour leur propre consommation et celles des animaux : ils sont "leur unique moyen de subsistance".

Lors d’une assemblée du FRONT DE DEFENSE DE L’ENVIRONNEMENT, on s’est rendu compte que l’autorité des Eaux de TACNA n’avait que 2 utilisateurs : les agriculteurs de la Vallée de SAMA sur la cote Pacifique et l’entreprise d’eau potable de la ville de TACNA; on prévoit un troisième usager : la Minière MINSUR (dont les nécessités sont de l’ordre de 1000 litres/seconde). Les communautés du haut plateau andin ne sont pas déclarées utilisateurs : "on nie leur existence", déclare T. Alarcon. On leur a assigné des palliatifs : 10litres/seconde pour irriguer une extension de pâturages de 250 km2 et de maigres compensations qu’ils refusent en bloc :" un peu de riz et des améliorations génétiques".

La société civile s’est fortement mobilisée ces derniers temps contre les Minières sans scrupules. Un leader indigène vient d’être abattu (5 nov. 2006) à CAJAMARCA luttant aussi pour l’eau alors qu’il s’opposait à la Compagnie YANACOCHA. Certains élus, comme le leader du P.Socialiste, dénoncent la fièvre qui entoure actuellement les explorations minières (500 nouvelles concessions accordées par l’Etat) "le gouvernement a démontré une attitude complaisante envers les entreprises minières …, au détriment de la qualité de vie de la population".

En 2000, une plainte avait été déposée pour le cas d’ANCOMARCA devant une juridiction pénale ayant recours à la législation sur l’Environnement mais elle n’a pas pu être prise en compte car il manquait une résolution administrative qui reconnaisse qu’il existe un délit. Pour un problème de partage de l’eau, les peuples autochtones du Pérou sont obligés de se défendre devant une juridiction internationale; on peut se demander quel contrôle désire assurer l’Etat péruvien par rapports aux intérêts corporatistes et ceux toujours grandissant des entreprises transnationales…Les villes et les mines ont-elles un droit supérieur sur l’eau? Les autres populations doivent-elles se contenter de survivre ou même disparaître?

– Nazario Mamani (Front de Défense pour l’Environnement de TACNA)