Un défi pour le mouvement altermondialiste, certes. Mais aussi pour
nous, les Occidentaux sur place, qui avons du mal à suivre et à
survivre. Mais la population locale est au rendez-vous et elle
commence, tout doucement, à s’intéresser à nous.

Très loin sont les souvenirs de la Puc (Université catholique
pontifice, lieu où se déroulaient les débats) de Porto Alegre, ses
beaux arbres et ses déjeuners sur l’herbe… ou à table. La 4e
édition à teint indien nous offre un environnement complètement
différent, qui est loin d’être facile pour nous, les exotiques
présents-es. “Etes-vous venue pour le FSM ?”, me demande un Français
au petit-déjeuner. “C’est un enfer merveilleux, vous ne trouvez
pas ?” Eh oui, c’est fascinant et énervant. C’est encourageant et
décourageant. Tout dépend de l’humeur du jour.

Si le lieu est très vaste, la foule a tout envahi et avancer n’est
pas une tâche très simple. Arriver à l’heure aux débats que l’on
veut suivre ? Dans les rues du FSM4, contrairement à l’extérieur, il
ne faut pas être pressée. Car toutes les ruelles reliant les
activités sont envahies par des petits groupes de manifestant-es,
souvent indiens mais aussi tibétains, népalais, qui ajoutés à la
foule présente, ne rendent pas le déplacement facile. Leurs chants
et tambours sont omniprésents, parfois plus que les voix des
intervenant-es dans les salles sans microphones, ni traducteurs
disponibles.
S’adapter au quotidien indien : un défi

Trouver les salles d’atelier ? Voilà un autre défi auquel nous
faisons face avec patience. Une heure d’aller-retours entre
décharges, murs et coins sans issue pour comprendre qu’il faut
sortir, puis rentrer par une autre porte. Allons déjeuner pour faire
une pause. Vérifions bien que ce ne soit pas trop épicé, car ce type
de feu est difficile à éteindre pour nos petites bouches
sophistiquées. Bon, ce n’est pas la peine de préciser cela. Ils ne
nous comprendront pas, et puis de toutes façons, cela n’existe pas
comme choix. Maintenant, ce serait bien de s’asseoir, mais où ? Là-
bas ! Deux centimètres sur un banc entre deux personnes, ou bien par
terre, sur la poussière rougeâtre, comme les femmes dalits.

Puis, logiquement après une longue journée le départ est souhaité…
Il nous faut du courage pour partir. Un trajet court, avec les
camions et embouteillages du soir, nous obligera à nous protéger de
la pollution et de respirer à l’intérieur de nos t-shirts et sacs.
Oui, effectivement, nos mondes sont différents et nous ne sommes pas
adaptables à tout.

Une présence locale importante

Néanmoins, lorsque nous mesurons le nombre de locaux, cela nous
remonte le moral et nous encourage. Les plus exclu-es sont dans les
rues avec leurs protestations, les plus privilégié-es aux tribunes,
à leur nom. Certes. Mais rien de nouveau jusque là.

Voir des Indien-es qui n’affichent aucun drapeau, des vieilles
dames, des jeunes filles découvrir ce lieu nous fait croire que cet
événement aura une influence sur ce peuple, sur ces femmes qui, à
nos yeux, adoptent souvent sans d’autre choix une attitude de
résignation face à l’adversité, justifiée par le système religieux
et de castes. Le mouvement social indien est en soi donc un défi,
car se rebeller et protester n’est pas d’usage courant.

Mais si les discours indiens et occidentaux attiraient ces derniers
jours un public plutôt homologue (les problèmes de langues ne sont
pas négligeables), nous assistons à un progressif rapprochement des
groupes, et pas seulement dans les salles. Dans les rues, nous
serons surprises d’être sollicitées pour faire des photos avec de
nouvelles ami-es inconnu-es, avec lesquelles, souvent, on aboutira à
une communication par signes, qui restera marquée dans leurs
pellicules et dans notre mémoire.

* Josefina Gamboa – Les Pénélopes