La Première Rencontre Sud-américaine de la Société Civile sur les
Migrations, qui s’est tenue à Quito du 14 au 16 août, s’est conclue par
la création d’un réseau qui travaillera pour les droits des migrant(e)s,
des réfugié(e)s et des déplacé(e)s. Le réseau, qui se constitue en un
espace de dialogue, d’articulation et de renforcement des secteurs de la
société civile qui travaillent autour du thème de la migration, est
composé de 75 organisations de 14 pays.

Les représentant(e)s de la société civile ont analysé durant trois jours
la situation des personnes qui vivent en dehors de leur pays d’origine,
ainsi que les politiques migratoires et les accords bilatéraux signés par
les gouvernements. Finalement, ils ont établis une liste de demandes et
de propositions pour les gouvernements, la société civile, les organismes
financiers internationaux et les médias. Ces demandes ont été reprises
dans la Déclaration de Quito : Migrations, Démocratie, Développement et
Droits Humains, qui permet d’aborder la question migratoire dans une
perspective large et en relation, non seulement avec les questions
économiques et juridiques, mais aussi avec la démocratie, le respect de
la diversité culturelle et les droits humains.

La Déclaration de Quito a été présentée aux vice-ministres des Affaires
étrangères sud-américains qui se sont réunis aux mêmes dates dans la
capitale équatorienne, pour la IIIè Conférence Sud-américaine sur les
Migrations. Le document élaboré par les représentants d’organisations de
droits humains, de l’église, de familles de migrants et de centres
académiques, insiste pour que les gouvernements sud-américains ratifient
et intègrent dans leur législation nationale les traités internationaux
de protection des migrant(e)s, des réfugié(e)s, des déplacé(e)s, de ceux
et celles qui reviennent et de leurs familles, en particulier la
Convention Internationale sur la Protection des Droits de tous les
Travailleurs Migrants et de leurs Familles.

La nécessité de ce que les gouvernements garantissent la migration inter-
régionale dans les pays de l’Amérique du Sud en autorisant la libre
circulation des migrant(e)s et de leurs familles, est une autre
proposition inclue dans la Déclaration de Quito. Cet aspect était
également à l’ordre du jour des gouvernements sud-américains et ils y
travaillent. Cependant, il s’agit d’une question qui n’est pas facile à
aborder puisqu’il faut aujourd’hui faire face à la réalité de milliers de
déplacés et de déplacées du fait du conflit interne colombien.

Selon les organisations de droits humains qui ont participé à la
Rencontre de la Société Civile, il y a, en Colombie, environ mille
déplacés par jour (un peu plus de 100.000 jusqu’en mars 2002, selon la
Pastoral Social Colombiana). Beaucoup parmi eux passent les frontières
quotidiennement -surtout celles de l’Equateur et du Venezuela- mais sans
aucune protection ou sécurité que ce soit, et ils sont bien souvent
l’objet d’une stigmatisation de la part des populations d’accueil.

Ces thèmes et d’autres, relatifs au phénomène migratoire, continueront
d’être débattus au sein du réseau sud-américain, dont les représentants
se réuniront de nouveau l’année prochaine au Paraguay. Dans l’immédiat,
le réseau Equateur a été désigné comme lieu de coordination et
d’organisation de cette prochaine rencontre régionale.

Convergences et différences entre gouvernements et société civile

Les gouvernements et les représentants de la société civile sud-
américaine ont été d’accord pour donner la priorité sur leurs ordres du
jour au problème de la circulation des personnes et du respect des droits
humains des populations migrantes. De plus, ils ont convenus de la
nécessité d’harmoniser les législations des pays sud-américains en
matière de migration. Le besoin de créer un observatoire sud-américain
des migrations, qui promeuve l’élaboration de mécanismes d’information
adéquats et un système de veille permanente, est un autre point en
commun.

Bien qu’il y ait convergence de vue sur de nombreux thèmes, beaucoup de
représentants de la société civile se sont montrés critiques vis-à-vis de
l’attitude des gouvernements sud-américains, car ils considèrent qu’il
n’y a pas eu de volonté suffisante pour adopter des politiques publiques
face à la question de la migration. C’est pourquoi la Déclaration de
Quito signale que, malgré les résolutions adoptées lors de la IIè
Conférence Sud-américaine sur les Migrations, il y a un an, les avancées
vers le respect de ces engagements ont été très lentes.

De la même façon, ceux qui ont participé à la Première Rencontre de la
Société Civile sur les Migrations ont mis en question le fait que la
société civile soit exclue des rencontres officielles qui analysent le
phénomène migratoire, et ont demandé la création d’espaces de rencontre
entre les gouvernements et les organisations non gouvernementales. Pour
sa part, la Déclaration Finale des gouvernements reconnaît la
participation des institutions religieuses et des ONG sud-américaines et
propose d’inviter leurs représentants à la prochaine réunion des vice-
ministres des Affaires étrangères qui se tiendra en 2003 en Uruguay.

Pour des représentants comme Jorge Rojas, de la Consultation pour les
Droits humains et le Déplacement, de Colombie, la vision qu’ont les
gouvernements sur la question des migrations est, dans de nombreux cas,
radicalement opposée à celle que défendent les représentant(e)s de la
société civile. Rojas explique que les gouvernements essayent
d’administrer de façon bureaucratique ce qu’ils considèrent comme un
problème, alors que la société civile persiste à voir les migrant(e)s non
seulement comme sujets de droit, mais aussi comme participants des
processus de construction de la richesse sociale, culturelle et
économique.

De même, les représentants de la société civile ont mis l’accent sur
l’analyse des causes de la migration et ont fortement mis en question les
modèles de développement économique adoptés par les gouvernements sud-
américains, modèles qui ont accru la pauvreté, la discrimination et la
violence et par là ont forcé de nombreuses personnes à quitter leur pays.
La Déclaration de Quito relève que le Plan Colombie a provoqué la
militarisation des frontières de nombreux pays voisins et a augmenté le
nombre de déplacés. Les initiatives pour créer une Zone de Libre Echange
des Amériques (ZLEA) ont également été mises en question en considérant
qu’à la mettre en place « on court le risque de générer un plus grand
appauvrissement et d’accentuer l’inégalité entre classes sociales ».

De leur côté, les gouvernements sont plus brefs pour identifier et
analyser les causes de la migration ; ils se contentent de souligner
qu’il existe une corrélation entre pauvreté et mobilité migratoire.

Le fait que les politiques migratoires des Etats-Unis et de l’Union
Européenne se durcissent, surtout depuis les événements du 11 septembre
et les accords du Sommet de Séville en juin dernier, est un thème qui a
été discuté aussi bien dans la Rencontre de la Société Civile que dans le
Sommet des vice-ministres. Les gouvernements et la société civile
s’accordent sur le fait que ces politiques restrictives ont pour
conséquence l’augmentation des flux migratoires illégaux et le
développement par des groupes sans scrupules du trafic d’hommes et de
femmes migrants.

Face à cette réalité, les gouvernements sud-américains ont reconnu le
caractère indispensable d’une co-responsabilité de la migration entre les
pays d’origine et les pays de destination ; la responsabilité partagée
dans la lutte contre le trafic de personnes et la responsabilité
internationale face au phénomène des réfugiés.

La réalité migratoire en Amérique Latine

On estime que quelques dix millions d’hommes et de femmes d’Amérique
Latine vivent hors de leur pays de naissance. La plus grande partie
émigre vers les Etats-Unis. La migration inter-régionale est moindre et,
bien qu’elle ait baissé encore plus ces dernières années du fait de la
crise à laquelle est confrontée la région, on peut dire que jusqu’aux
années 90, l’Argentine était le pays qui recevait le plus grand nombre
d’immigrant(e)s latino-américain(e)s, alors que le Pérou, la Bolivie et
la Colombie étaient les pays les plus « expulseurs » de population.

Aujourd’hui, quelques quinze millions de migrants d’origine hispanique
vivent aux Etats-Unis ; auxquels s’ajoutent plusieurs millions de
migrants « sans papiers », principalement mexicains.

Pour Amy Gottlieb, de l’American Friend Service Comitee (AFSC), une ONG
nord-américaine, il existe bien aux Etats-Unis des problèmes de préjudice
envers les migrant(e)s latino-américain(e)s, bien qu’il fasse observer
qu’il s’agit d’un problème difficile à résoudre pour autant « qu’on ne
peut légiférer sur l’amour du prochain ».

Gottlieb, qui a participé à la rencontre de la société civile, signale
que le contexte migratoire aux Etats-Unis a changé depuis le 11
septembre, mais il explique que les changements ont eu lieu non pas du
fait de nouvelles lois, mais du fait de lois déjà existantes qui
n’étaient pas appliquées jusqu’alors. Par exemple, il fait état d’une loi
qui date de 50 ans et qui exige des étranger(e)s qu’ils signalent tout
changement de domicile dans un délai de 10 jours. Cette loi qui n’était
pas appliquée est aujourd’hui mise en pratique avec l’avertissement que
tout étranger qui y déroge court le risque d’être expulsé, y compris ceux
qui sont en situation régulière.

Traduit de l’espagnol par ALAI.

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